Manuscrit

sang-filet-couv

N° dépôt : 000017151

Steven Riollet

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« Depuis foetus, je sens la crevette, cagouilles et autres pibales de l’estuaire. »

 Je dédie cet écrit à mes grands-parents, parents, ainsi qu’à toute ma famille et amis autochtones

qui m’ont offert ce goût salin ouvrant l’appétit.

S.R.

Préambule

Tiens, t’en veux de la série noire, aux paysages esseulés. Celle qui d’un coup de prose te découpe l’intérieur, te bouleverse au point de tomber dans l’irréparable. Plante un sourire au beau milieu d’un carnage. Où tu te retrouves dépendant d’une force naturelle. Pantin avec une arme à la main, maculé de sang. Manipulation entre rêve et réalité, qui te pousses…à commettre le pire, le sourire au lèvre.

Je te propose un voyage qui sent l’iode et qui pue la vase, sur des terres brutes mais libres. Où les personnages se confectionnent une carapace de Nature. Si dure qu’elle brille au premier rayon de soleil. Si dure qu’elle se mue en folie profonde. A en perdre pieds dans les filets d’un quotidien « noyade ».

Prend cette histoire au creux de ta trombine, comme des plombs sortis d’un douze. Au fond tu y trouveras de vieux restes d’humour noir qui maculent l’intrigue. « Bone » lecture.

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« Approche! Plus prés. Encore plus prés. Caresse moi, marche moi dessus, encore, oui comme ça. T’aimes ça, je le sais, je le sens. Sors la fierté de ton étui. Sois nature et enfonce bien ta petite force au creux de mes longues formes. Doucement. Vas-y doucement, voilà, cool babe. Tu es perdu au milieu de mon dédale. Tu partiras le premier, les pieds devant. Mais vas-y quand même, tout rentre. Je t’effleure de mes effluves et te rends fou. Ça t’excite, tu prends ton pied, petit, avec moi, la vieille demoiselle. Jambes à ton cou et souffle coupé quand ma violence t’enlève, t’écorche… Appâte, braconne et surtout, tue pour moi.»


Volet 1 : Arriver à bon port

Le paysage s’offre. Un horizon s’étend à perte de vue, entre ciel lourd et terre marées. Des chenaux s’éclatent en dédale, serpentant à l’intérieur des terres. Des cabanes noircies, anciennes fabrications de pêcheurs, s’éparpillent le long des cours d’eaux. Elles meurent lentement dans des grincements d’oublis. Les hérons au bec aiguisé pêchent, et les canards passent. Quelques poneys sauvages broutent l’herbe bleue des prairies. Des champs de joncs, se frôlant en offense, suivent les caprices d’éole. La houle végétale, à la limite de la rupture, se redresse dans un mouvement de violence mal contrôlé où son vert sombre se mue en un dégradé jaune paille. Le vent, initiateur, joue au diable. Il mène la danse entre bourrasques et sifflements. Temps perd la tête.

Le goudron noir à perte de vue coupe le décor. Il casse, dénature l’endroit. En parallèle de la piste, une frontière s’étire. Des barbelés délimitent asphalte et nature. Au loin une zone portuaire se dessine derrière quelques arbres torturés. Forteresse mirage et personne en vue, pour l’instant. A fleur d’eau se dressent trois immenses grues. Masses impressionnantes aux articulations bain d’huile. Hautes, très hautes. Grises de prestance, elles trônent, tanguent et crissent. Miradors esseulés dans ce désert de Tartare. Au pied des trois grasses, de vieux entrepôts attendent. L’endroit semble perdu, planté là. Dans le ciel incertain, se livre une bataille entre ombre et lumière. Des laies de soleil transpercent les nuages pour atteindre le sol brut des quais. Puis, disparaissent comme par enchantement au coin des structures décrépies. Contraste furieux. Le sable des côtes virevolte, fouette et s’accumule sur le ciment. Il griffe et creuse le métal. La tôle grince, la ferraille claque.

Au pieds des grues s’acharnent fleuve et océan. Une eau limon, bouillonne, se fracasse contre les blocs de pierres d’anciens blockhaus. Ressacs bruyants; réguliers. Les tourbillons mortels se forment autour des piliers. L’océan crache et disperse l’écume des jours emportant tout. Les dunes se cachent pour mourir, dans le tumulte des vagues et cherchent à emporter avec elles les cicatrices béton du passé. Dure affaire ! Un des blockhaus se trouvent à une dizaine de mètres du bord de l’estuaire. Après les tours, on ne distingue que lui. Son architecture est particulière, solide. Deux imposantes cuves rondes s’enlisent dans les grains fins de sable. Coffrages hors-norme. Une, reste à moitié finie. Sans toit. les pilonnes octogonales aux angles saillants se perdent dans l’attente d’un chapeau. Ils recueillent des pochoirs d’Alben et d’autres messages peints en rouge. Cet endroit intrigue; dérange. Le vent s’engouffre à l’intérieur trouvant son chemin au milieu de la structure épaisse. Les fers rouillées sorties des fondations frottent les parois rugueuses. Offrande d’une mélodie déchirée, envoutante. Un ressenti malsain s’imprègne en franchissant les premiers vestiges. Comme si une présence gardait les lieux…BOUOUOUHHH. Ambiance!!!

Au port, un ballet commence, un bateau est à quai. Les hommes se mettent en place. Chacun son poste, ils connaissent. Les géantes se déplacent lentement sur des rails le long de la coque du navire. Le grondement jurassique de ces monstres d’aciers résonne dans un écho assourdissant jusqu’au village. Cri roques et grincements sourds s’affrontent. Ça gueule de mal. Souvent, des doigts tombent en tirant les cordages. Ces élingues tendues, prêtes à céder retenant les tankers le long des quais. Le vent burine le métal, burine les gueules. Les grutiers, dans leur cabines à plus de cinquante mètres de haut, chargeant, déchargeant les rectangles ferrailles coordonnent la valse du transfert. Les blocs dansent au bout des filins qui se tendent sous leur poids. Va et vient incessant. En bas, une équipe de dockers réceptionne et aménage les allées de containers. Des portes-charges hurlent et crachent une fumée noire pétrole. Les hommes travaillent dur dans ce milieu hostile. Vacarme et climat les rongent jusqu’aux os. Ils aiment ce boulot malgré tout. Se sentent libres. En pleine nature. Paradoxe bien humain. Où le burinage de l’être par le climat et la torture de l’âme par les dirigeants, se dissimulent sous les regards intenses et les sourires froids des travailleurs esclaves. Centre de contrôle, docker sous surveillance, direction au premier étage, sièges en cuir et gros culs grassement installés. Derrière la vitre du corridor, les rougeauds fument, les rougeauds dirigent par haut-parleur. Mais les employés gardent au fond d’eux leur gouailles rageuses : «Connards, sortez de cette cahute douillette et venez goûter au climat imparfait. Pleurez de froid, cramez de chaud, et on en reparlera après, grosses pibales». Les rafales du large froissent leur corps, se glissent à l’intérieur des têtes, les rendant ivres, fous. Ils en bavent, mais la plupart savent qu’après le boulot, une fois que les dirigeants partis, une soirée est toujours organisée.

« Sens aux aguets, je bosse. Je sens cette envie fatale. Je la connais et l’admire. Celle qui me dirige et me sauve. Je tremble sans avoir froid. Je me force à sourire, à parler. Je dresse et j’exécute le plan. Il évolue doucement sous mon âme, dans mes veines comme un poison. Sensation de plaisir intense sans que personne ne sache. Bientôt, bientôt, bientôt…Encore une autre. »

20h, le crépuscule s’annonce. La dernière élingue est rangée. Alors, une vieille lumière de chantier jaune érigée en haut d’un piquet s’allume devant l’entrée du port précisant que cette nuit, il y a soirée clandestine dans un hangar enclavé. Le tripot est cosy, converti en club de nuit avec comptoir, piste de danse, canapés et deux petites pièces fermant à clé. Une vingtaines d’hommes sont là, discutent fortement un verre à la main. Des femmes sont là. A leur arrivée ils se retournent afin d’admirer les «demoiselles». Elles se vendent pour pas grand chose dans un sourire radiant. « Plaisir d’offrir », Offrir du plaisir aux gars marqués et aux jeunes marins en se laissant toucher. Souvent brutalement par certains sans tact, puisqu’ils payent comme ils disent. A l’intérieur du bâtiment, ça gueule de rire plus fort que la musique. Le banc de mecs remue leur batave en pleine lumière et pèchent les lolitas étrangères à coups de billets maigres. Chahutez petits poneys, ce soir c’est la paie et les maris marins marrants vont rentrer plus tard que prévu. Leurs femmes le savent et peu d’entre elles pleurent, ou alors dans d’autres bras. Les teupus gèrent la solitude et la froideur des keums avec un professionnalisme hors du commun. Faut dire que les macs sont plutôt sévères avec leurs cousines. Mais quand les dockers clients sont vraiment trop imbibés, elles leur propose l’amour hongrois. On croit qu’on baise mais on ne baise pas.

Sortant prendre l’air entre deux bâtiments, Maria frissonne un peu dans sa robe noire. Le souffle de la mer plaque ses cheveux fins sur son cou splendide. Les traits de son visage sont l’esquisse d’un maître : divins et puissants, d’une beauté naturelle à couper le souffle. Un simple trait de rimmel parcoure le contour de ses yeux. Son corps bronzé et sculpté à merveille ondule dans la brise et dénote dans ce milieu perdu. Elle est un peu fatiguée, déjà trois jours à tapiner. Elle est trop belle pour ce boulot pourri, elle est trop belle mais sans papier…n’est que trop fragile. Elle souffle de sa vie souillée, de ces soirées bidons lui rapportant peu. Ce présent de passes, de passeurs, de passé…sans espoir. Il est loin le temps des fleurs où…Arrêter de penser qu’elle aurait pu avoir mieux, arrêter de se faire encore plus de mal. Se dire que d’ici quelques jours elle repartira sur une des embarcations pour une destination peut-être plus séduisante.

« Je t’observe belle proie, je suis ton prédateur prétendant. Tu croises des bras et fumes en silence. Tu penches ta tête sur le côté ce qui te donne un charme fou. Mais quand tu sentiras ma fureur graver ta peau, tu repenseras à ta chienne de vie mais ça sera trop tard, ça sera trop tard, Poupée. »

Un bruit de pas arrive dans son dos. Elle tire une bouffée sur sa cigarette 100’s, se retourne délicatement croyant apercevoir son client. Mais il ne lui ressemble absolument pas et s’approche trop rapidement. En deux deux, il est là, trop prés d’elle. Surprise elle laisse tomber son mégot. CRIC, CRAC, BOUM, HU. Danse Maria. Un crochet du droit l’atteint sur la tempe gauche. Elle exécute un demi-tour lent, plein de grâce dans ses ballerines tachées. Son corps se fragilise sous l’impact. Un voile se pose sur son regard, ne comprenant rien à ce qui lui arrive. Tout devient flou. Elle essaie de ne pas chavirer. Le temps s’arrête. Un pas sur le côté, un autre en arrière, titubant, valsant avant de tomber à genoux sur les pavés. CRAC. Une rotule casse. Puis quatre coups la plante groggy au sol.

« La divine nature me parle, me demande de t’enlever à ton marasme. Alors me voici, tel le chevalier blanc. Je te tiens mon amour, tu seras maintenant à moi pour toujours. »

Mais rapidement la douleur la ramène des songes. Elle entrouvre ses yeux révulsés et aperçoit son agresseur. Un visage en demie pénombre serein, le regard doux, attachant, et surtout un si beau sourire sur ses superbes lèvres à trois-quart ourlées qui en dit long. Cela ne dure que quelques secondes, quelques grains s’écoulant dans le sablier que déjà, levant le bras, l’homme cogne encore. Un autre coup l’atteint au visage. Son corps se crispe de peur et le mal s’accentue. Les chocs ont été si violents qu’elle part dans un délire profond. La voilà au soleil, chez elle au pays, toute sa famille est présente la chouchoutant. Tout le monde est radieux, brille et rit. En pleine zénitude, un verre de margharita à la main. Un homme musclé, lui baise les pieds éperdument. Le visage agréable, un si beau sourire sur ses lèvres à trois quart ourlées. Mais c’est bizarre, son rêve a l’odeur de sardine. L’homme a une tête de poisson, son cocktail a le goût du sang, non, elle ne sait plus, elle a mal. Elle voudrait parler mais sa langue est gonflée et ne peut que râler en bavant. Le monstre est lui arrache sa petite culotte rose. Renifle tel une bête, l’odeur du morceau d’étoffe entre ses mains calleuses. Mélange de parfum et d’odeur de poisson. Il jette son trophée en l’air.

« Atteindre ta culotte est une offrande, une récompense pour avoir exécuter mon devoir envers toi. Je vole ton odeur qui se grave en moi au fin fond de mes synapses. Tiroir caché où je collectionne déjà plusieurs parfums intimes. »

Quelques gouttes chaudes ruissellent le long de ses cuisses. Elle se contorsionne, prise de spasmes comme un poisson laissé sur le bord prés du pêcheur, attendant la fin dans l’agonie. Son visage est moitié enfoncé, un œil sort de son orbite et tombe au sol. SPLOTCH. A peine touché terre, le calot roule entre les pinces d’un crabe noctambule trop content de l’aubaine. Maria prend une drôle de pose, la tête en arrière. Les hématomes l’a déforment. Ses lèvres gardent un sourire gonflé, et son seul œil ouvert contraste avec son mascara coulant. Elle ressemble à un marionnette de chez Mouka. Disloquée. Elle s’en fout, elle est loin, plus fatiguée, elle est même si légère qu’elle vole en arrière à ras du sol, le regard perdu dans les étoiles. Fly away, babe, fly away dirty girl…

« Je reste là, impuissant, les mains souillées, manipulé. à mes pieds un corps en sang, et je ris… »

L’ombre la traine par le brushing et part tranquillement dans la nuit sifflotant Paint it black. A côté, la java bat son plein. La lambada continue à tonner, symbole de l’insouciance profonde des êtres ivres. Ils dansent se frottant la panse sur la panse des femmes. Et ils tournent et ils dansent comme des soleils…Perdus dans ce bouge entrepôt. C’est la fête, mais pas pour tout le monde…Un joli string rose pend sur un câble électrique à trois mètres de haut. Il s’envole haut dans le ciel et part au loin.

« Dans un plaisir profond, j’ai jeté tes dentelles en l’air qui ont disparu. Comme nous mon amour, je t’emmène voir ta dernière demeure… »

De nuit en silence, aux abords des chenaux, un homme creuse. La silhouette fantôme, fumant de sueur, souille le sol prés de la cabane de Jupiter. Il enterre un sac lourd de rancœur, et crache ses poumons à enfouir le corps dans la vase gluante. Belle Maria, disparue, pchuit. Encore une autre…

 Il s’abreuve de mort populaire, feu d’artifice et des flons-flons et pense oublier dans la mise en bière qu’il est gouverné par…Il s’en va tel un somnambule. DRIIIING. Le téléphone de Maria sonne doucement, recouvert de terre.

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Encore une autre, qui roule au fond de mon ventre, bien gras et sombre. Une qui ne marchera plus le long des grues au pieds de l’embouchure. Tueur, tu te loves dans mes bras et moi je n’aimerais que toi…à la longue. Mais certain tombe, à point…

 


Volet 2 : Deux pour le prix d’un

voix de femme

« Je ne te comprends plus Cédric. Toujours un sourire figé sur ton visage ridé. Notre couple meurt et ressemble à ce pauvre paysage. Entre deux saisons, entre deux tempêtes, le ciel plombé, menaçant. Et toi tu affrontes inspiré, rayonnant. Je n’en peux plus. Un seul horizon, une seule piste, pour une autre vie. Deux bouteilles de vins et trois calmants, tu t’endors. La nuit monte comme la marée. Tu es lourd Cédric. Je te jette, tu tombes et tu pars au courant léger. Le vent souffle et mes pensées s’envolent vers ce joli garçon…Adieu Cédric. »


DRIIIIING. Mon téléphone portable en position réveil sonne. Je l’éteins d’un geste vif. Je saute du lit, énervé. Je ressens légèrement le concours de country dans mes jambes. Faut dire, danser sans faille contre des pauvres types pendant cinq heures, ça use. Le pas sur le côté en rythme ou le déhanchement en fin course ne sont pas les plus durs. Non, ce sont surtout certains participants qui ne cherchent pas à gagner. Faut être carré du cul, droit dans ses bottes, bordel de merde. Heureusement que ce con de voisin n’était pas là cette fois-ci. On n’aurai pas fini quatrième. Avec sa femme on a assurait le dernier madison. D’habitude, elle ne me côtoie pas, et son mari est tout le temps présent. Ils sont bizarres les deux, ils ne se ressemblent pas trop. Elle, froide et distante, lui toujours un sourire nigaud aux lèvres. Et hier soir, son homme étant absent, elle s’est lâchée, me saluant chaleureusement quand j’endossais mon caban. De toute façon, son mec se fout de la concurrence. Il met de la sensualité dans ses mouvements. Le connard n’a pas compris que c’est une danse de cowboys et non du folklore indien. Je l’aime pas ce gars. Un raté. Moi, ça m’énerve. Faut gagner, rapporter la coupe, la poser à côté du Stetson, fier. La mettre sur le haut de l’armoire dans la chambre, bien alignée avec les autres. Brillante sous son dépôt de poussière. Pour plus-tard, montrer ses trophées devant ses anciens amis, se rappelant des bons souvenirs. Oui, faut gagner à tout prix, à tout prix.

J’ouvre les volets. Dehors, arrive l’aurore, mélange entre le rose et le bleu Klein K-8. Le paysage me détend. Souffle. Je m’étire, abdos, assouplissements. Souffle. Deuxième série, m’étire. Souffle. Troisième…Apparaît sur mon corps cette fine couche de sueur qui fait le fait briller. Contracter, relâcher, soulever de la fonte, admirer les muscles luisants sans graisse. Contracter relâcher, contracter relâcher. Souffler. Miroir, oh beau miroir dis moi si je suis le plus sculpté de la catégorie mi-lourd. Vive les protéines en poudre…

Passage à la salle d’eau. Ma bouille dans le miroir semble fatiguée depuis quelques jours. J’suis bleu, des cernes sont apparues sous mes yeux verts. Je m’habille chaudement. Un café, deux cafés, j’enfile mes bottes, attrape mon caban, celui qui me suis partout. Ma veste et mon couteau, valeur sûre. Je sors au grand air. Temps glacial ce matin. le vent transporte du sable, gifle mes joues rouges. Le froid rentre vite sous les mailles des tissus. Pas grave, j’aime quand mes muscles se contractent naturellement. Souffle. Je passe vite fait chez Gérard, le saloon du village. «Un café et un calva, s’te plait». Petite entorse des contraintes du « bodybuilding ». Ma voix se transforme en Tom Waits : «Putain con, ça réchauffe l’intérieur, con!!!». A côté les rumeurs vont bon train. Une nana a disparu, volatilisée. Peut-être tombée à la baille. Elle trainait prés du port. Pas plus. Se rajoute la dernière histoire de cornue et une tournée de trois ricards pas noyés du tout, eux.

Pas besoin de s’emmêler, ça me concerne pas. J’me casse rapidement, monte dans le pick-up et roule pendant une dizaine de bornes, aperçoit le coin, paumé comme j’aime. La grande marée est basse laissant filé une étendue brune immense. Je me décrispe. Sûr qu’il y en a ici. Me gare sous un bosquet et continue à pieds.

Le terrain meuble se faufile sous mes « aigle », sa texture se transforme vite en terre grasse composée de sable et de vase. Ça colle. J’ai une pelle à la main, un saut dans l’autre. C’est parti. La marée est basse. J’admire cet horizon énigmatique avec ces grues fantômes au loin. Le paysage me trouble, me bouleverse, j’en perds pieds à en tomber. Je m’abandonne pendant quelques minutes. Retour au réel, je commence à planter l’instrument. Les premières pelletés sont les plus dures. La structure du sol fait ventouse et me déstabilise. Je vais essayer de ne pas me gaufrer dans ce bourbier. Je cherche, je sonde, sans grand résultat. Des gouttes apparaissent sur mon front, et s’acheminent vers mes yeux, ça pique. J’essuie. Je creuse un peu plus loin, toujours rien. Elles se cachent les coquines. L’odeur de l’iode m’attrape comme si une huitre s’était faufiler au creux de ma tête. je décroche encore une fois, je pars, plane : Le rêve du podium arrive, les autres concurrents tire une gueule de trois mètres de long, une pluie de paillettes tombe comme si un miracle s’était produit, comme si j’étais un don du ciel et les nanas qui se jettent sur moi, l’homme muscle de la région, La Star. J’en rougie de fierté, mon regard s’embue. STOP. Retour à la réalité. Souffle. Continue mes recherches, désappointé. Creuse, creuse, creuse, AH, enfin j’aperçois le trésor en question. Sortie de terre, il est beau, nacré et bien gros. Enfin, un lavagnon ! C’est un bon spot, je m’en doutais. Je fouille pendant plus de deux heures et remplie mon saut. La mer a commencé à remonter lentement. Les mouettes gueulent autour de moi. Veulent des crustacés. Vous n’aurez qu’un coup de bêche si vous continuez.

 Je me tire, content. Je m’arrête à la voiture, pose les coquillages, prends une balance et pars à pieds vers les canaux. Une petite marche me fera du bien, je me sens tendu. Je trouve un vieux ponton élimé. J’accroche la ficelle qui retient en son milieu le cercle de ferraille et la toile de jute de la balance. Pêcher quelques crevettes. A l’apéro ce soir, chez Franck dit « la grue ». Les petites roses seront parfaites flambées au whisky. J’attends entre deux levées de balance et regarde les alentours. Des nuages lourds arrivent, une atmosphère électrique me saisie. Je sers les dents, et je pars et me retrouve propulser en pleine rêverie. Je pense à mon voisin et à sa femme. Les muscles de tous mon corps se tendent à l’extrême. Les deux ne vont pas ensemble. Des ragots circulent, comme quoi le connard se ferait bastonner par sa femme. En même temps c’est vrai qu’elle n’a pas l’air évidente. Elle est froide comme un aspic, je l’aime bien. Son mec, laxiste de gauche, je lui ferai bien comprendre la vie, putain con de merde. je l’étriperai bien par plaisir, le ferai souffrir avant de lui planter mon chlasse et de l’accrocher aux mailles d’un filet. Limite torture. SCROOOCTCH. Le tonnerre me ramène à mes esprits « Bon on se calme Bobby ». Wouahh, j’étais loin. Dés que je mon regard se perd dans ce paysage, je songe au pire. Le vent remet ça, il provoque des sorcières, micros tornades autour de moi. Les cabanes grincent derrière, m’appellent, veulent me dire quelque chose. Je remonte la toile de jutes où une vingtaines de crevettes sont prisonnières. Elles sautent, je les cueille et les dépose au fond d’un vieux pot de crème fraiche.

Replonge le piège dans l’eau. Je distingue à une cinquantaine de mètres de là, un autre ponton déglingué. Il plonge à moitié dans le chenal. Un détail m’attire. De vieux liens sont accrochés aux dernières planches encore debouts. Un coup des braconniers! Mais que pêcheraient-t-ils ici? Des carcasses de bateaux, des bouteilles ou des pneu? En tout cas il y a bien quelque chose à l’intérieur. Et c’est gros. C’est même énorme. La curiosité me prend. J’attache la ficelle de la balance à la balustrade, prends mon élan et saute le cours d’eau aisément. C’est moi monsieur muscle, agile comme un animal. SPLOOOOOTCH. J’ai de la boue jusqu’aux chevilles. La terre est dangereuse ici. Elle colle à en perdre les pompes. Mais je connais trop bien ces marécages. Il faut y aller tranquille, pas de précipitation, être sûr de soi, avoir de bonne jambes et surtout un certain équilibre. Tout ce que j’ai. SPLAAAAATCH. Je tombe la ganache la première. Merde. Les plantes me coupent le visage laissant une entaille du nez à l’œil. Je pisse le sang, à plat ventre la glaise plein le corps. Putain de merde Con, Con de merde. Souffle. Quelle connerie, j’y crois pas. Je soulève un bras afin de me relever mais, la main s’enfonce jusqu’au coude. Souffle. Je me tire vers l’arrière, me relève. PUTAIN. J’essaie de m’essuyer avant de m’aviser. Je suis à mi-chemin. La gueule en sang maculé de boue, mais debout. Je continue, au point où j’en suis. Les cordes du filet sont à moins de quinze mètres. Une forme ondule au courant constant. Je me bataille dur, et la nature a l’air de se foutre de moi. C’est la catastrophe, j’en ai partout, il n’y a pas un centimètre carré qui ne soit pas emplie de vase putride. Le raisin de ma plaie se colle autour de mes yeux, ça brûle et je distingue mal la masse à moins de cinq mètres. Souffle. J’atteins enfin les abords. Je me frotte le visage d’un revers de manche, mais je me rajoute de la boue. Souffle. Repère le filet à tâtons. Je palpe. Il est lourd, très lourd. Comment le remonter? Le ponton n’est que ruine, impossible d’y grimper afin de sortir le piège à grosse maille. Seul solution aller dans l’eau. Froide, glaciale, mais j’suis pas un pédé!

 SPLOUATCH…OUAWHHAAHH. J’imite pourtant Klaus Nomi. Très mal. Je hurle. Grelotte. Claque des dents. Mon caban se gonfle et me déstabilise dans la flotte. Je saisi les mailles à deux mains et le tire vers moi afin de me rattraper. Je suis glacé. Mais merde, qu’est-ce que je fous là ? Quelqu’un me pousse ou bien ? Le filet vient doucement. Un bras humain ligoté sort de la surface de l’eau. J’en bois la tasse et vomit. Putain. Souffle. J’y crois pas, c’est pas possible. L’odeur est insupportable malgré le froid. Le noyé sent fort. Très fort. Je le remonte un peu plus, et je découvre une tête gonflée, celle de mon voisin déformée par son séjour aquatique. Pourquoi j’y pensais tout à l’heure. Un éclair cisaille le ciel. Son bonnet rouge est de traviole et une partie de son visage a été rongé par la faune sous-marine. Il a un faux air de Coustaud, non, plutôt de Michel Simon en fin de carrière. N’empêche que je suis choqué. C’est un mauvais rêve ou bien. Il n’y a pas cinq minutes que j’y pensais. La tête me tourne, l’eau m’engourdit. Souffle. J’essaie de me ressaisir, et c’est à ce moment précis que je réalise que je suis bloqué, enfoncé jusqu’aux genoux. MERDEEEEE!!!!!. Plus je remue plus je m’enfonce. Cercle vicieux pour mort douce. Souffle. Le tonnerre éclate. Roulement de tambours. Tout à coup le corps se libère totalement et flotte à la surface, se colle à moi. J’ai froid, j’en peu plus, le vent siffle. Mon regard désespéré se plante dans les joncs qui dansent en rythme. Je tente une sortie en plantant mes doigts entres les herbes mais ils glissent, se perdent sans pouvoir me dégager. Où sont mes muscles, je n’ai pas pris un sur plus de protéines pour rien. Allez encore une fois, répète les même gestes. C’est pire. Souffle. J’ai peur. Je gueule à m’en casser la glotte, mais le vent emporte mon cri. Se perd dans les marécages. Les mouettes commencent à tourner autour de moi. Rapaces. Je deviens fou, je transpire et respire fort, nouveau cri.

 YYYAAAAAHHHHHH QQUUEELLQQU’UNN. Pas de réponse dans ce dédale. Personne en vue, pour l’instant. Je m’essouffle et l’eau grimpe. Une idée. Fouille dans mes poches. Putain je trouve pas mon couteau Laguillole. Fouille encore la dernière poche. Rien. Je tremble. Le froid engourdi mes membres. Mes jambes ne répondent plus. Enquilosé, je cherche une solution. C’est alors que le courant entraine l’homme bleu K-12 et vient se coller sur mon corps, m’enfonçant complètement sous l’eau. Panique. j’ouvre les yeux pour la dernière fois. Plus de Souffle. Plus d’air dans les poumons. Me débat sans succès. Je me noie. NON. Sans comprendre. C’est atroce, je meurs et le macchabée semble rire…

Quelques heures plus tard, les deux corps sont pratiquement engloutis par les sables mouvants. Seule quatre mains restent visibles.

 Un vélo s’approche du chemin à la balance perdue. Une femme s’arrête, détaille le ciel, le sol, le ponton.

« Que fait cette corde qui se perd dans l’eau sombre, et ce pot de crème fraiche remplies de crevettes ? Quelqu’un est passé. »

Ses yeux se plissent. Elle regarde où elle a jeté son mari, il y a deux jours. N’aperçoit pratiquement plus rien du corps à part quatre mains. Elle tremble.

« Mais qui ? Qui se trouve avec lui ? « 

Elle distingue à l’un des poignet, une montre.

« Je l’a connait, mais à qui appartient elle ? »

Le vent la fouette, une tempête arrive. Tour d’horizon, horrifiée. Personne. Elle jette au loin la balance et le pot. Fait demi-tour. La jointure de ses doigts blanchissent en serrant les poignées de la bicyclette. Droite, elle repart d’un coup de pédale vengeur. Arrivée au vieux port, elle agrafe un avis de recherche avec la photo floue de son mari. « La montre, c’est celle du beau jeune homme que je convoitais. Je n’aurais jamais de chance, je rage… ». Précipitation, carrefour, un vélo, une voiture.

SSSCCCRRRAAAAATTCCCHH. Le tonnerre explose. Flash.

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« J’aime voir tes yeux meurtris admirer mes flancs de sables. Vautrée dans un transat à côté de ton mobile-home. Ton camping à l’année qui me ronge le corps. Caravanes identiques perdues dans un dédale sombre. La nuit, mon souffle soulève quelques auvents, sortant leurs piquets de mon ventre. Toi, tu t’en fous, tu préfères te balader prés de la voie ferrée. Celle qui s’enfonce au coeur de la forêt, mais méfies toi, au détour d’une ballade un drame est si vite arrivé. Il rode, dans ce dédale de chemins, Il cherche une proie. En pleine nuit, personne, jusqu’à t’apercevoir…»


Volet 3 : Tonnerre de sardines

SSCRAATTCHH. Premier coup de tonnerre. Le vent se durcit. Les nuages lourds transforment le ciel. Noir mauve. Ils dansent électriques, énormes. La majestueuse tempête est prête, déterminée à tuer. L’obscurité tombe. Dans le supermarché, Catherine, une des caissières passe les articles d’un geste répétitif et rapide. Tête baissée, son esprit est plongé dans le lointain. Elle est crispée, usée par son boulot mais pas que. Elle pense à la jetée devant chez elle qui l’hypnotise par sa beauté, été comme hiver. Derrière son poste à tapis roulant, un avis de recherche est scotché au poteau. Trois semaines déjà et pas de nouvelle du type disparu. Elle s’en fout, un homme n’est pas une perte. En arrière plan, un panneau publicitaire pour des tronçonneuses indique « TOUT DOIT DISPARAITRE ».

SSSCCRRAAATCCCHH. L’énorme grondement l’a fait sursauter, se replongeant dans cette triste réalité professionnelle. Dans la boutique l’ambiance devient bizarre. Léger silence, les clients regardent autour d’eux tout en continuant leurs achats malgré la menace de l’orage. La musique d’ambiance diffuse un morceau de Roberto Francesca pour les distraire dans ce labyrinthe de produits. Mais personne n’y prête attention, faut dire balancer du pure jazz dans un hangar à aliments, c’est juste limite. Retour à la normal. Les humanoïdes caddifiés évoluent sans se voir, respectant simplement leur liste. C’est la course des courses. Cela ressemble à une chorégraphie de Philippe Découflé. Danse rythmée de chariots. Des roulettes coincent, des enfants chougnent réclamant toujours un truc. Des vieux bloquent un carrefour avec leur déambulateur et leur indécision. Les speedés gueulent. Relativité et effets burlesques. Un autre qui a tout compris, s’empiffre sur place et se remplie les poches, et du bio tant qu’à faire. Bref, c’est le grand bordel quotidien dans les couloirs de la grande distribution. SSSCCCRRRAAAAATTCCCHH. ECLAIR et BLACK OUT. Plus de lumière dans le royaume des morts-vivants consommateurs. Même les blocs de sécurité sont grillés. Pas d’entretien. La musique se volatilise. On entend plus que le chant violent du vent et les premiers grincement de dents des vacanciers. Par sa puissance, les tôles ondulent, crissent. L’ondée tape le bâtiment de plein fouet. Vacarme. Panique. Les bougres interloqués sont désorientés. Sans néons, les achats se font dans un vrai tohu-bohu. Ils deviennent fous, se rentrent dedans, renversent les têtes de gondoles pyramidales, crient.

Une vieille dame perd son sang froid. Elle tremble et s’accroche à un gros lourdeau qui passait par là. Elle empoigne sauvagement ses poignets d’amour. Les ongles lacèrent la chair. Le gras interloqué, couine comme un cochon et part en courant entraînant la troisième âge dans un rodéo déjanté. Des boîtes de conserves Campbell’s volent et roulent : un vrai chamboultou pop-artesque. Leur course folle continue. Une bouteille d’assouplissant s’écrase sur le dos de la mamie. Le souffle coupé elle resserre instinctivement ses doigt sur sa prise. Les deux percutent un caddie. Dans l’élan le chariot roule, prend de la vitesse et fini son échappée dans un touriste filiforme en tongues/chaussettes. CRAAC, les tibias explosent sous l’impact. Le type pousse un hurlement de douleur rarement entendu et s’écroule.

L’obscurité devient totale. Devant les caisses, la queue humaine prend une allure désarticulée. On dirait un grand bal trad. Les gens se poussent, essaient de sortir mais s’avisant en apercevant l’extérieur. C’est juste un écran d’eau sans ciel. Des articles se fracassent. Un grognement général dévoile le futur désastre.

 Les agents de sécurité essaient de calmer tout le monde, mais ne voyant qu’à peine, ils tapent au hasard. La première personne à être touchée est un adolescent. Sous le choc de la matraque, sa casquette quitte sa tête et sa tête prend une drôle de tournure. Tchao pantin. Il s’écroule au pied de la sécurité qui en perd son équilibre. Un amas humain en pleine furie surgit du rayon « soins de beauté et crème apaisante pour le corps » et piétine les corps. Sous la pression les deux êtres restent au sol, inertes.

La grêle par sa puissance s’infiltre à l’intérieur. Ce sont des balles de golf qui tombent du ciel. Pulvérisent quelques crânes. Les cris se mêlent au raffut de l’ouragan.

Dans l’affolement, Catherine a quitté son tapis roulant. Elle se dirige machinalement dans l’établissement le connaissant dans ses moindres recoins. Malgré l’orage et la folie ambiante, un souvenir l’oppresse constamment. Elle n’en peut plus. Tout lui remonte. La scène du viol, et l’odeur de sardine sur les mains du sadique qui l’a bâillonne. Les gestes précis du fou, lui arrachant la culotte la portant à son nez pour la sentir profondément. Le souvenir d’être maintenue au sol. L’homme qui la prend par derrière. Pas sauvagement, mais délicatement. Le souffle d’orgasme du meurtrier noyé dans la froideur de sa nuque. Et le sursaut, et la fuite avant que l’homme soit rhabillé. Le silence autour, silence de mort, plus de chant d’oiseau, plus de bruit humain, plus rien, néant. Simplement le goût salé de ses larmes perdue dans sa course. Adrénaline mon amour. Une enquête n’avait mené à rien, simplement une plus grande humiliation.

Cette vision obsédante la retourne. D’instinct, elle arrive vers le royaume de glace pilée où sont entreposées les produits du large. A tâtons, elle saisit dans un placard le couteau à filet. Il est long, fin et aiguisé. La rage l’attrape. Catherine met tout en vrac. Renverse le stand de poissons. Les ombres des clients aveugles se retrouvent maculées de jus épais. A son passage un vrai carnage se produit. Dans un mouvement svelte de samouraï, Catherine décapite plusieurs têtes masculines façon Kill Bill. Un sifflement sort du fond de ses entrailles et de la bave se dépose aux commissures de ses lèvres. Sa folie monte, la tempête est en elle. La tourmente essaie d’arracher le toit de la structure dans un fracas énorme. Mais l’éperdue continue son chemin sans vaciller. Elle veut tuer, tuer, tuer autant que l’ouragan. Elle hume les rayons et trouve le poissonnier. Elle le reconnaît, il pue. Il enlace la boulangère fortement. SLURP, SLURP, SLURP. A force de l’embrasser sauvagement il ne peut distinguer Catherine dans son dos. SLASSSCCCHHH, les têtes tombent. Deux pour le prix d’une. Elle sent un giclée de sang lui traverser le visage. Se lèche. CRRAAAC. Juste au dessus d’elle, une tôle vient de disparaître emportée par une bourrasque plus puissante que les autres. Des trombes d’eau se déversent sur elle. Rugissement. Un éclair l’illumine toute entière. Le flash la rend belle et puissante, ses cheveux au carré droit cachant son visage, son chemisier jaune mouillé, qui colle sur son corps ferme et sa posture pleine de grâce et de folie. Son bras est levé, tendu, prêt à frapper de nouveau. L’éclair foudroie le sabre à poissons. Le corps de Catherine est propulsé à une dizaine de mètres plus loin. Elle brûle, se consume.

Quelques minutes après, la tornade continue sa route et la tempête perd de son intensité. Le vent tombe, reste que la pluie. La magasin n’est plus qu’un champ de ruine quand arrivent enfin les pompiers. Véritable carnage en offrande à la consommation excessive. Le déluge se calme doucement. Les survivants accourent vers les casqués interloqués du désastre.

De la fumée s’envole emportant avec elle une odeur de sardines et de corps grillés.

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« C’est l’été. L’ouragan est passé comme un vilain cauchemar. Depuis le soleil brûle ma chevelure verte et crevasse la boue. Je brûle par endroit. Un pompier sourit et me laisse cramer… Je me sens seul, perdu. Reste avec moi, repris de justice d’occasion. Toi qui voulais te racheter, tu vas comprendre comment. Laisse moi faire petit soldat… »


 

Volet 4 : Jupiter

Le barbecue crépite, la grille pleine de sardines. Jupiter surveille la cuisson en buvant un blanc sec. Passe sa main sur sa gueule marquée jusqu’à sa tignasse brune. Regard acéré. La fumée du repas se perd au milieu des marées sauvages. Devant le serpent fluvial qui sinue et s’étire à perte de vue. Tel un indien, il scrute l’horizon, préoccupé. Ciel bleu blanc, soleil au zénith, ça chauffe. Au loin ça crame. Derrière lui, sa cabane, voutée mais solide, comme lui. Il entend le vrombissement régulier des grues du port qui déchargent. Flash back. Quinze ans déjà.

Il était arrivé sur un porte-containers dans ce lieu paumé. Avait débarqué du tanker, dit adieu à ses camarades de bord et trouvé dans la foulée un emploi de docker dans cette petite ville à des milliers de kilomètres de sa ville natale.

La vie suivait son cours. Un boulot mécanique et très peu de contact avec les autochtones. Agréable. Paroles simples. Idées courtes. Et surtout ne jamais parler de son passé cicatrice. Pour les locaux, c’était l’étranger et pas plus. Il chassait, il pêchait comme chacun, et pas plus. Oublié. Enfermement, isoloir, séquestration… Dix piges de trou. Et maintenant, il avait trouvé son élément, son paysage, sa liberté dans ce trou à rat.
Mais, trois ans après, une vague de licenciements arriva. Il était un des premiers sur la liste. Étrangers, nouveaux embauchés, dégagez!!! Après la taule, il n’avait plus la force de lutter, tout le monde n’est pas Charlie Bauher. Alors, sans se battre, il se réfugia à l’intérieur des terres esseulées, dans une cabane qu’il retapa silencieusement loin de tout, loin de tou-te-s. A une dizaine de bornes du village et deux du port. C’était la seule construction qui ne pouvait se voir de la route principale, elle se fondait entre chenaux et terre rude, seul moyen pour y accéder était par voie d’eau. Et depuis, il était devenu ermite, par le temps, par l’oublie de chacun, par préférence. No contact, vivant de braconne.

Retour à la réalité. Il attrape la bouteille et se ressert un verre. L’effet se fait sentir, son corps se tend. La grillade est prête. Mange. Il a l’air intrigué.

Il repense à sa dernière trouvaille. Une culotte rose. Ramassée prés de son coin de pêche, prés du port. Tachée de sang. C’est la deuxième qu’il trouve. Il tremble, car il connait le procédé. Trafic de filles. La nuit au port. Quand elles arrivent, planquées dans les cales des bateaux. Il sait que si une manque au prochain départ, cela ne pose aucun problème aux membres d’équipage. Il s’intéressa aux faits divers dans la presse. il a su qu’une s’appelait Maria, la première. Elle a été retrouvée prés de chez lui. Mauvais présage. Les flics avaient immédiatement mit au trou Jupiter l’étranger, dans la chaleur de la nuit. Mais l’avaient relâché après avoir prouvé son innocence, sans connaissance de ses anciens faits.

La deuxième était morte peu de temps avant. Un certaine Catherine. Autochtone solitaire, foudroyée dans un supermarché en pleine tempête. Un truc de branque, un truc qui n’arrive qu’ici, en plein désert. Mais qui pouvait être ce prédateur qui abandonne son trophée prés de chez lui? Qui connaissait son passé pour le lui mettre sous le nez? Qu’une solution, qu’une rédemption, trouver le coupable et le tuer. Il avait remarqué des traces de pas et de la terre retournée proche de ces pièges. Peu de personnes peuvent connaître cet endroit reculé. Une seule voie d’accès, les chenaux. Et pas n’importe lesquels. Et c’est exactement là qu’il a récupéré les deux tissus dentelés. Maigre détail, mais quand même une piste. Et pas question d’en parler à la famille poulaga. Elle s’est vite chargée de ranger l’affaire en pleine période estivale.

« C’est à moi de coincer ce fumier, de le renvoyer à ses propres violences. Je le jure devant, et te jugerai de mes mains. Un seul moyen de T’attraper, c’est d’attendre à l’endroit précis, à ton endroit fétiche. De surveiller les environs par jumelle. Être aux aguets, tout le temps. »

Cette intrigue le ronge. Ce soir il prendra sa plate et ira, silencieux observer les alentours. Il finit la bouteille d’un trait. Enlève le reste de poissons coincés entre deux chicos à l’aide d’un cure-dent. Le treize degrés tiède fait son effet. Une sieste s’impose.

Plus de son, plus d’image, Jupiter part dans les bras de Morphée. Il rêve de jolies nanas, et revoie leur sourire qu’elles lui adressent, en courant nues sur le sable chaud. Elles l’invitent à venir nager dans l’écume des vagues. Et, plus il s’approche, plus le sable blanc devient sale, plus il court, plus il devient noir, plus il bande, plus il fini boue. Plus le ciel s’obscurcit, plus les crissements des grues deviennent oppressant, plus les filles se décomposent au fond du chenal. Alors il crie de faire attention, il crie qu’il va maintenant les sauver, il crie et se réveille. Le lit trempé de sueur. Sa gueule s’est transformée, son passé a ressurgit encore une fois. Il gueule encore et encore.

« Je n’ai pas fait exprès, c’était un accident, je vous le jure. Laissez moi tranquille, j’ai payé ma dette, bordel . »

 Le tout puissant soleil entre dans la bicoque et aveugle l’ancien repris de justice. Il s’écroule, pleure nerveusement. Pousse un cri rauque et dégueule sur le perron de la porte.

« Je vais me venger, tu ne perds rien pour attendre, toi qui me ressemble, toi qui ne me laisse plus en paix, à tuer si proche de mon antre. Je tuerai pour la dernière fois, et je te ferai souffrir. A chacun ses méthodes. »

Il se rafraichit le visage tordu, se concentre pour se contrôler. Prend son fusil triple coups, le dépose sur l’avant de la barque, un pied qui pousse, l’autre qui stabilise. Part se planquer dans les marées mortifères. Fabrique une tone. Laisse son rafiot dériver. Devient invisible, il est paysage. Sa longue attente commence. Les heures s’écoulent et l’entrainent dans son passé.

Sa dure jeunesse, les premières rencontres féminines. Ses déceptions, sa rancœur, sa folie. Ces déesses qui se moquent de lui, ses approches hasardeuses. Ses guets-apens. Ses meurtres. Il repense à ses mains serrant les cous pures.

Le soleil meurt. La dernière lueur disparaît entre les roseaux. Tout est calme, et pourtant. Jupiter résiste, sur le qui-vive, ne s’endort pas à la fraîcheur du crépuscule. Attentif au moindre mouvement, au moindre bruit. Autour, le clapotis de l’eau s’échappe doucement. Un ragondin chemine dans le cours d’eau éclairé joliment par la pleine lune. Cette sensation de douceur naturelle contraste avec les palpitations rapides et saccadées de Jupiter.

Tout un coup, il entend le bruit d’un petit moteur qui le sort de ses pensées. Plisse les yeux et aperçoit une petite embarcation au loin. Sans lumière. Elle se dirige vers lui. Il a bien fait d’attendre, serre les dents à s’en péter l’émail. L’embarcation coupe les gaz. Une ombre débarque. Il sort un gros sac en toile de jute, la tire difficilement et s’arrête à une dizaine de mètres. Regarde autour de lui patiemment, puis plonge sa main dans le tissu. Pour Jupiter c’est l’agresseur. Il retient sa respiration et enclenche le chien du fusil. PAAAANNNGGG. Coup de feu, l’homme s’écroule dans un râle profond. Jupiter se redresse excité, accoure vers sa proie. Le mec est allongé un trou à son épaule droite, les yeux fermés, sa respiration est irrégulière.

 Jupiter le sourire aux lèvres :

« Je te tiens crapule, tu voulais encore enterrer un corps, c’est ça. N’ouvre surtout pas ta bouche…Laisse moi travailler pour toi et t’enterrer à ton tour, mais avant… »

 SLLAATTCCHH. Dans un geste ultra-rapide, l’homme sort d’un coup un pic à anguille et l’enfonce dans la poitrine de Jupiter. Le temps s’arrête. Le sang des hommes coulent dans la clarté lunaire. C’est beau.

Jupiter prend un air surpris. Son sourire devient grimace, il tombe en arrière dans la boue. Immobile, Ses deux mains essaient de retirer la tige de métal rouillée de son ventre. L’hémoglobine gicle de la plaie béante. Ces yeux se voilent devant une pluie d’étoiles. Il sait que ce n’est pas le tueur à la petite culotte. C’est un braconnier qui vient de flinguer. L’arme qui lui chatouille les tripes sert à pêcher les anguilles, et son sac est un carré pour attraper des pibales. Il est vert, lui même du métier. Mais toutes ses heures d’attentes au coeur des marées l’ont emmené loin, trop loin de la réalité. Une larme roule sur sa peau grise. Il pleure de rage. Il sait que c’est trop con. Il ne pourra plus se racheter, et devant la porte des dieux ira errer en enfer. Il flippe. Son corps épouse la vase. Il a froid et ne peut bouger. This is the end, vieil indien.

Et déjà, les filles l’appellent, l’attirent. Rédemption quand tu nous tiens. Avec leurs plus beaux sourires, elles s’approchent. Lui suçurent des plaintes à l’oreille. Des belles mains fines cheminent vers son cou. Il peut sentir leurs chaleurs. Lui serrant le gosier. Comme lui avant, avant, avant. Dernier soubresaut du vieux tueur.

A côté, le braconnier. Les plombs ont touché la fémorale. Il pisse le sang par flot. La douleur est intense, dure comme cette fatalité. Il sait qu’il va y passer, tout ça pour quelques kilos de bébés anguilles. C’est ballot. Il savait qu’il ne fallait pas s’approcher de ce fou. Le souffle court, la chemise couleur pourpre, le front emplie de sueur, prend la toile de jute et, dans sa dernière étreinte, relâche des milliers de pibales dans le chenal endormi. Bonne vie à vous…

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Les bras boueux sont de véritables niches à cadavres. Les os craquent en s ‘enfonçant un peu plus bas au creux de mon ventre. J’en veux encore et encore. Vas-y fournit. Dans ta tête de piaf, je continue à te parler. J’ordonne. Je coordonne le passage à l’acte…


Volet 5 : Un dernier pour la route

« Les pibales sont chères cette année ». Petit code de braconnier. Faut en choper rapidement, doit avoir une sacrée demande.

Il pense à ça, Pascal dit « la grue » tout en haut de sa tour métal. Il pense à ça, et à autre chose. Une envie, une obsession. Il se recueille devant ce paysage, le seul qu’il ai connu : d’un côté, la plage à perte de vue, de l’autre, les forêts et les marées. Rien ne bouge et c’est très bien comme ça. Ce panorama exceptionnel à cinquante mètres de haut lui permet de contrôler tous les coins les plus reculés comme chez l’étranger, Jupiter. Feu Jupiter. Un sourire carnassier est né en apprenant sa mort. Règlement de compte annoncé dans les médias, mais il sait bien que le bougre n’aurait jamais tuer un braconnier, il cherchait quelqu’un d’autre. Sa disparition l’a sauvé.

Quand les flics sont arrivés sur les lieux et ont découvert les deux corps, ils ont fouillés la cabane et retrouvé les deux culottes des connes de fifilles. Jugement d’un mort. Coupable sans concession. Affaire classée. Et pourtant…

En bas, il remarque une déesse descendre du navire qu’il décharge. Il prend ses jumelles et la regarde s’éloigner du port et se diriger vers les blockhaus. Son palpitant s’accélère, ses babines se lèvent. Bave devant le tableau. Son sexe se dresse serré dans son jeans. L’odeur du coton souillé de peur lui remonte en plein poitrail. Un étourdissement le prend et il perd presque le contrôle de la machine. Il se rend compte que le container qui lève n’est absolument pas de niveau. Les élingues sifflent à la limite de la rupture. Il se ressaisit, dans sa cabine le haut-parleur gueule. Une goutte de sueur descend le long de ses reins. La pulsion enivrante rentre dans son cerveau, tel de la dope. Elle s’achemine dans tout son corps. Il tressaille.

L’envie le reprend, c’est plus fort que lui. Le même plan. Trouver un lieu idéal pour chasser. Assez éloigné des bâtiments de stockage. Les blockhaus. Aujourd’hui est un bon jour pour mourir, poupée. Qui pourrait me soupçonner? Une situation de famille ordinaire, un collègue sans remous. Et pourtant…

Midi sonne la fin du boulot. On se salue, c’est le week-end. Chacun est monté chez son automobile. Juste avant d’ouvrir ma portière, je fais mine d’avoir oublié mes clés au vestiaire. Je m’y rends. J’entends le dernier véhicule partir. Je sors et me dirige vers les cuisine. La brune s’y trouve. Elle se retourne. Une beauté à couper le souffle. Je lui sourit et je me retiens en serrant les poings. La salue et l’invite à quinze heures devant les cuves bétons proche du port. Elle acquiesce en prenant l’argent. Il y a quelque chose d’indéfinissable dans son regard profond. Elle est devant moi, son corps épouse presque le mien. Je suis gêné, je me sens mal à l’aise et elle le sent. Esquive un pas sur la droite et je file en baissant la tête. La conne, j’aime pas ça. Je règlerai ça tout à l’heure.

J’arrive à ma tire, coup d’oeil, personne. Je démarre sur les chapeaux de roues, et file. Trouve un alibi bidon pour ne pas rentrer chez moi. Je planque ma voiture et calcule mon coup.

Quatorze heure, coiffé d’une casquette et d’une paire de lunette, je me rends vers les blockhaus le long de la plage. Le soleil se réverbère sur le sable doré. La sueur se mélange à l’excitation. Sensation d’impatience, d’assurance d’un geste irréversible. Je me sens gonflé à bloc au centre de mon paysage. J’arrive, repère les bâtiments du port. Tous les dockers sont partis, même ceux du navire arrimé à quai. Aucune présence aux alentours. La zone de stockage est déserte. La houle cogne les rochers de la digue dans un bruit de tonnerre. Le vent souffle par rafale, chasse les nuages rapidement. Je repère une cuve sombre, humide, sordide, où je vais la surprendre, la traquer et la rabattre et enfin m’amuser. Ses cris s’évanouiront entre les surfaces rugueuses cimentées. Pur plaisir. Je la vois déjà se débattre, me supplier, mais il sera trop tard. Trop excité, je me déshabille et me jette à l’eau. Le froid me calme légèrement. Plonge la tête sous l’eau et cri de toutes mes forces. Des bulles de rage sortent de ma bouche et remontent à la surface; ça va mieux. Je me rhabille rapidement, entre dans l’ancienne enceinte de guerre, monte sur une échelle de quatre marches. D’en haut, je guette à travers une coursive donnant directement sur son faux bateau de croisière. Je pose les jumelles sur mon nez droit, et plante mes yeux cristallins dedans. Les détails s’ouvrent à moi. Je crois distingué une ombre humaine à l’angle d’un bâtiment. Sûrement elle, mais que fait elle là-bas? Je déporte mon regard sur la route et les terres isolées. Personne à part quelques mirages de brume. Je ne la voit pas, suspendue au dessus de moi. Je sens un frottement sur mon épaule. D’une main je chasse la bestiole qui me coure dessus. Sûrement un capricorne inoffensif mais qui s’agrippe souvent sur les vêtements. Je ne quitte pas la vue du port et cette ombre qui me semble bouger. Mais ma main rencontre un truc de vachement plus gros qu’un scarabée. Je me tourne et me retrouve tête à tête avec une mygale impressionnante. Mon cœur dérape, j’ai l’impression que mon sang s’est figé. La bête a ses deux pâtes avants dressés. D’un bond je saute en arrière. Dans la chute l’araignée me pique à l’épaule. Douleur intense avant même de toucher le sol. Je retombe assez mal sur le dos mais je me relève aussitôt, ne comprenant rien de la situation. Tout à vriller en si peu de temps.

J’entends un rire dans le labyrinthe ciment. La moitié de mon visage part dans un rictus incontrôlable. Paralysie faciale. Je sors mon couteau de pêche. Le venin arrive dans mes veine comme l’adrénaline. J’ai l’impression que mon cerveau va déborder. Je cours vers une mélodie féminine. Est-ce moi qui délire ou bien un chant de sirène. De l’obscurité je passe au ciel bleu. Le contraste est violent. Je perds tout repère visuel. Des picotements traverse mon dos. Je m’arrête me gratter contre un rocher et m’écorche tout le bas des reins, je saigne. Je distingue au dernier moment la fin d’un corps qui s’enfuit dans la deuxième cuve. C’est elle, je la reconnais. Je cours comme un dératé mais mes jambes deviennent lourdes. Je me colle contre le mur, me baisse et glisse un oeil. Elle se trouve à trente mètres et tiens une arbalète et vise. La flèche à passe tout prés de ma tempe. Je tombe sur le cul. Me relève pour la seconde fois et part me réfugier dans des fourrés proche. La chasse à l’homme a changé de côté. Merde, tout le plan tombe à l’eau. Je tremble, l’effet de la piqure continue, ma vue se trouble et je bave. Des tics nerveux apparaissent et deviennent très rapidement incontrôlable. Je déforme tous les mots que je pense. Elle repart à l’extérieur. Ses cheveux virevoltent au vent. Une vrai pub pour un parfum. Elle ressemble énormément à Maria, ressuscitée. A chaque pas, son corps se balance, les yeux rivés sur ma planque. Mais elle ne peut me voir, c’est sûr. Ma langue grossit et ma diction change. Je cherre le manche en noisetier de ma lame, m’accroupie, prés à bondir. Elle part dans une autre direcchion. Je balanche une pigne de pin loin vers d’autres buichons. Le bruit attire la chorchière qui tire une fléchette et cours vérifier. A ce moment je me lève pour la troisième fois, et fonche à cloche pieds me réfugier dans le blockhauch. J’échuie ma bouche morte. Je rentre dans la cuve en pleine pénombre, me cache. Je ne vois plus rien. Mon pieds ch’agrippe à quelque chose. Je tombe. Me redrèche, quatrième fois. Palpe l’objet qui m’a fait tomber. Merde ch’est un corps. Je regarde de plus prés, ch’est le gardien du port. Il a l’air bleu et churtout la tête raide. Une boule comme le poing dépache de chon col de chemise. Je comprends au fur et à mesure. Je touche la piqûre à mon épaule et je chens une boule chimilaire. Merde, je flippe. En le palpant davantage je trouve une flèche plantée dans sa fèche gauche. Le poijon a l’air tout aussi violent car en le retournant, je découvre un cul chombre moisi qui pue. Je relâche tout. Ankylogé, je ne peut même plus gueuler. Je me dirige vers la petite trappe de chortie. Mais elle est déjà là, juste devant moi, un chourire carnachier aux lèvres. La chalope. Les jambes dures, je me redrèche chur les coudes. Elle che plante tout prés, l’araignée chur l’épaule. Colle ma tête contre chon entre-jambe. Relève cha jupe, et arrache cha culotte et me la cale dans ma bouche. L’air me manque rapidement. Ma tête tangue et je m’étouffe dans un relent de coton souillée.

 Voix de femme :

« T’aime ça mon chou, cette odeur, alors meurs avec. Pense à toutes celles que t’as offensé. Hume et garde le moindre détail dans tes poumons. Ne recrache rien. Bon périple sale chien. »

Elle sort les deux corps pour les jeter à l’eau. Sa soeur jumelle est vengée. Elle prends de l’élan et nous bazarde par dessus la rambarde. Je pousse mon dernier cri. Elle sourit tristement en regardant l’océan déchiré engloutir les deux gars. Le zef souffle par rafale puissante. Il plaque le buste de la jeune femme en avant. Au même moment une vague gigantesque tape sur le ponton, et déséquilibre la belle. L’eau se retire laissant apparaître des rochers. Son crane cogne lourdement le sol atterrit plusieurs mètres plus bas au coeur des caillasses saillants. Un nouvelle montée d’écume la tire vers les fonds marins et nettoie les chapeaux chinois maculés d’une énorme tache rouge. La marée monte, les crabes arrivent suivies des crevettes pour entamer un nouveau festin.

Au loin les arbres fièvres dansent, claquent. L’eau limon coule dans les veines du chenal, les poney broutent et les mouettes gueulent.

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« Caresse moi, marche moi dessus, encore, oui comme ça. T’aimes ça, je le sais, je le sens. Sois nature et enfonce bien ta petite force au creux de mes longues formes. Doucement. Vas-y doucement, voilà, cool baby. Tu partiras le premier, les pieds devant. Mais vas-y quand même, tout rentre. Je t’effleure de mes effluves et te rends fou. Ça t’excite, tu prends ton pied, petit, avec moi, la vieille demoiselle. Jambes à ton cou et souffle coupé quand ma violence t’enlève, t’écorche, à t’en faire crever…»


FIN